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Haïr l'humanité : l'ultime tabou...?

ATTENTION : Cet article divulgue une partie de la fin de mon roman "Octa"
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Si ce titre ressemble à un sujet de philo au bac, c'est que ça pourrait bien en être un ! Et comme beaucoup de ces sujets d'examen, je trouve intéressant d'y réfléchir. Juste comme ça, sans exigence de résultat ni de qualité. D'ailleurs, c'est ce que j'aime dans la pilosophie, en tout cas dans la conception que je m'en fais : réfléchir librement. Quand des profs ont commencé à essayer de me faire faire de la philo, c'est à peu près la seule chose que j'ai bien voulu retenir : "philosophie" se traduirait littéralement par "aimer la sagesse", mais surtout peut être interprété en "la recherche de la sagesse". C'est cette deuxième traduction que j'ai choisie, et depuis le premier cours au lycée il y a vingt-quatre ans, elle n'a cessé de m'intriguer.

En effet, quoi de plus philosophique que d'accepter qu'on ne fera que rechercher la sagesse, sans jamais la trouver ? Admettre qu'on n'aura jamais raison, n'est-ce pas une preuve de raison...? Peut-être, peut-être pas, en tout cas c'est cette démarche que j'essaye de suivre même quand je martelle à mes opposants de joute verbale qu'ils ne sont que des grosses merdes qui se plantent complètement. Ce qui est paradoxal, car comme je ne suis qu'un humain je reste une saloperie et je chercherai toujours à sortir gagnant d'un débat !

Les auto-proclamés "philosophes" comme BHL et consorts me font bien rire, car c'est une chose d'être de mauvaise foi ou teigneux dans le cadre d'un débat privé mais c'en est une autre d'asséner dans les medias qu'on est porteur de la vérité absolue... Que ce soit sur la dernière guerre à la mode ou le dernier scandale impliquant une célébrité, ces "intellectuels" habitués des plateaux télés affirment qu'ils ont la bonne réponse. Et ce faisant, selon moi, ils s'excluent de fait du processus philosophique : si on croit avoir trouvé la vérité, alors on n'est plus à sa recherche...

C'est sans doute pour ça que j'ai préféré faire de la fiction. Avec Octa, je peux balancer des points de vue outranciers et bornés, surtout par le biais de personnages comme Florence. Du fait que c'est un roman, ça ne prétend pas avoir raison. Bien sûr, je ne nie pas le fait qu'au fond de moi je suis persudé d'avoir raison ! Mais pour modérer mes certitudes et donner moins de valeurs aux propos de l'adolescent attardé et odieux que je suis, une fiction reste le moyen d'expression idéal. Je dis tout un tas de trucs plus ou moins cons, les lecteurs prendront ce qui les intéresse et auront je l'espère leur propre avis dessus.

Trève de balivernes

Revenons-en au sujet de cet article : haïr l'humanité. Si vous avez lu Octa juqu'au bout, vous savez que c'est l'option que j'ai choisie. Option qui n'est finalement pas si tranchée que ça dans le livre : la décision finale est prise par les Octassiens et Amandine, qui sont des êtres rationnels n'éprouvant justement pas de haine. À la suite de constatations et raisonnements pragmatiques, ils concluent que l'humain est par essence néfaste et doit disparaître si on veut garantir la survie de l'écosystème terrien. Rappelons même qu'au début, les Octassiens étaient intéressés par l'humanité en tant qu'espèce maîtrisant diverses technologies et communiquant sa pensée. Renoncer à la cohabitation a été une déception pour les extra-terrestres, et le choix de mettre entièrement fin aux humains ne les a pas réjouis.
La position d'Amandine est plus floue : étant en partie humaine, en validant la décision des Octassiens elle condamne une partie d'elle-même. Elle trouvera dans la proximité avec les animaux sauvages une nouvelle connexion qui remplacera les quelques compagnons homo sapiens qu'elle avait pu avoir.

Bruno est finalement le seul à reconnaître qu'il déteste sa propre espèce. Il avait certes des prédispositions par ses problèmes mentaux, ce qui me pousse à m'interroger : certains qu'on considère fous ne seraient-ils pas justement frappés par la réalisation qu'ils appartiennent à une espèce néfaste ? Qu'être humains fait d'eux des complices d'une colonisation sans pitié de l'intégralité de la planète qui mènera inmanquablement à la destruction de toute vie sur Terre ? La question reste ouverte.

Je me trouve coincé dans ce raisonnement : nous, les humains, sommes une saloperie. Et que je le veuille ou non, je suis membre de cette espèce, je pollue et détruis aussi. Chaque fois que j'entre dans un débat houleux avec quelqu'un (à l'oral ou par écrit), on en vient tôt ou tard à ce point et c'est en général là que je suis sûr de diverger du point de vue de mon interlocuteur. Et c'est d'ailleurs bizarre : beaucoup de gens partagent une grande partie de mes constats : "Nous polluons, nous nous reproduisons à outrance et détruisons tout ce qui nous gêne. Nous sommes sans pitié même entre nous et n'hésitons pas à nous torturer et répandre l'injustice, etc". Mais quand vient le moment de conclure rationnellement, la plupart des gens (consciemment ou pas) refusent de reconnaître que l'humain sera toujours une nuisance. Le fameux "espoir" intervient, on le projette sur les nouvelles générations à qui on fait porter le poids d'un sauvetage du monde... Voyons les choses en face : les générations suivantes penseront peut-être différemment sur certains poins, seront peut-être un peu plus raisonnées, mais resteront des humains. Les traits globaux qui nous caractérisent depuis des millénaires seront toujours là, malgré toutes les apparences de civilisation et de politesse sous lesquelles on essaye de les cacher.

Pour être cohérent avec ce que j'ai dit en première partie, il me faut admettre que ce que je considère comme une conclusion logique, "l'humanité est nuisible à la vie", n'est que mon point de vue. Il faut que j'en envisage autant que possible l'antithèse. Et ça me fait réaliser à quel point il serait douloureux pour les gens ne partageant pas mes propos de finalement y adhérer : penser que l'humanité est néfaste revient à se détester soi-même...
Ce qui nous ramène au titre et à l'utilisation du mot "tabou", chargé de sens religieux. Se détester soi-même sonne comme une interdiction, la plupart des religions condamnent par exemple le suicide et le meurtre. Toutes sont plus ou moins basées sur le concept qu'un dieu quelconque aurait créé les humains dans une finalité précise, haïr l'humanité et la considérer comme nuisible revient donc à s'opposer de façon frontale à toutes les variantes des histoires divines consignées dans des livres dont on nous oblige à suivre les préceptes.
Même sans considérer le côté religieux, les sociétés et leurs diverses lois sont construites sur l'idée que les humains sont un animal supérieur, intelligent, apte à se comporter rationnellement et dans le respect d'autrui. Si on pense que ce n'est pas le cas, alors ça implique que toute société est vouée à l'échec.

Bravo, tu m'as foutu la déprime. Qu'est-ce que je fais avec ça maintenant ?


Effectivement, tout ça n'est pas très marrant. On peut en rire jaune, noir ou de la couleur qu'on souhaite, difficile d'effacer cette lourde idée que nous appartenons à une espèce destructrice qui ira jusqu'au bout sans jamais apprendre de ses erreurs ni corriger ses travers. D'ailleurs, si ça vous gêne réellement, rassurez-vous en vous disant que je ne suis qu'un connard aigri (ce qui est peut-être vrai). Sinon, essayez de vivre avec ça ! Ma technique est de ne pas faire d'enfants : si tout s'arrête après moi, je ne serai pas responsable de plus de destruction que ce que j'aurai pu faire de mon vivant. Et encore, mon corps chargé de métaux lourds va polluer en se décomposant [rires] !

Je ne vais pas conclure, car imposer une synthèse serait quelque part contraire à mon concept de "recherche de vérité sans la trouver". Et aussi parce que je suis fainéant. Donc tirez-en ce que vous voulez !

flomoto 28 janvier 2025 16:41  - 

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