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L'objet manufacturé le plus produit : le déchet

ATTENTION : Cet article divulgue une partie de mon roman "Octa"
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L'affirmation de ce titre est un peu facile, étant donné que l'intégralité des objets que nous fabriquons finira tôt ou tard au rebut. Cependant ce n'est pas forcémement une évidence pour tout le monde, tant on oublie vite lors de la satisfaction de l'achat le sort que subira tôt ou tard l'objet de nos désirs consuméristes.

Que l'on envisage ou pas un recyclage ne change pas le statut de déchet (on dit d'ailleurs "déchet recyclable"). Vous pouvez voyager n'importe où sur la planète, même dans les pays considérés comme "modernes", vous croiserez inévitablement des déchets. Certes, leur niveau de visibilité variera : élégant container semi-enterré avec décorations en bois pour les villes de pays riches, jetés le long de la route ou dans la rivière pour le tiers-monde. Le traitement que le déchet subit changera aussi, un éventail de possibilités allant de la collecte organisée vers des centres de tri à l'absence totale de ramassage. En passant par le brûlage sauvage sur place, l'enfouissement ou le stockage (en attendant d'éventuelles idées miraculeuses pour s'en débarrasser).

Tous les pays, sans exception, ont donc ce point commun principal du déchet. Ça paraît évident, mais il faut quand même le rappeler : tout ce qu'on fabrique d'une façon ou d'une autre finira en déchet. On prend des ressources (minéraux, pétrole, végétaux, animaux, eau...), on leur applique un traitement (transformation chimique, mécanique, combinaison entre eux, irradiation...), on les emballe dans du plastique et on les ditribue. L'ensemble de ces opérations nécessitera en général une énergie conséquente, que ce soit pour la fabrication, le transport, l'utilisation du produit, puis sa mise au rebut et son (très hypothétique et polluant) recyclage.

Dans les débats divers et variés sur le sujet, on se compare souvent aux animaux, dans le sens qui arrange notre argumentaire (et c'est ce que je risque de faire aussi). Observons ces derniers : génèrent-ils des déchets ? Ça dépend de ce qu'on considère comme déchet... Un oiseau qui nous chie sur la gueule, est-ce un déchet ? Pour nous c'est dégueulasse, abject, dégoûtant. Et pourtant, cette déjection a toute sa place dans le cycle naturel normal. D'autres espèces y trouveront une source de nourriture, la merde finira par disparaître en réintégrant différentes chaînes alimentaires et chimiques. Cette merde est donc belle et admirable, tandis que le magnifique emballage en complexe alliage de carton et plastique du dernier smartphone à la mode (fébrilement "unboxé" par un vidéaste débile) est une abomination. La réelle laideur résiderait pour moi dans ces saloperies que nous fabriquons en permanence, à partir d'éléments naturels que nous dévions, dont nous brisons le cycle, qui se retrouveront dans une impasse physico-chimique qui n'aurait jamais existé sans l'homo sapiens.

Le cas des "biodéchets"

La réfléxion sur la question "c'est quoi un déchet ?" nous pousse à explorer le champ lexical associé. Dans une déchetterie de France on trouvera une bonne trentaine de catégories différentes, utilisant des noms qui varient selon les zones. Par exemple, le "tout-venant" est aussi appelé "encombrants" ou "déchets non recyclables."

Parmi la longue liste des types de déchets, certains retiennent plus mon attention : "déchets verts" et "déchets organiques". On a clairement affaire à un abus de langage, car ce sont les seuls qui ne sont pas artificiels et donc pas des déchets. Ils résultent de l'exploitation et de la modification de la nature par les humains et contrairement aux déchets manufacturés ne présentent pas (ou peu) de risques pour l'environnement s'ils sont laissés à l'abandon.

Les déchets verts sont pour la plupart de l'herbe de tonte, des feuilles mortes, des branches ou des morceaux de troncs. Ces éléments sont les cadavres de la volonté permanente que nous avons (collectivement) de contrôler et modifier le vivant. Jardiniers amateurs ou professionnels tondent, taillent, balaient pour obtenir une pelouse ou un jardin "au carré", aux couleurs homogènes. Le cas d'école est la pelouse, objet de convoitise des propriétaires maniaques obsessionnels...

  • L'herbe est plus longue que 5 centimètres ? Quel laisser-aller, vite ma tondeuse avec bac de collecte !!!
  • D'atroces feuilles mortes marrons souillent le vert immaculé ? Vite, une soufleuse à moteur thermique, un râteau à dents molles et des sacs poubelles !!!
  • Quoi, une autre espèce végétale a osé pousser en quelques endroits de mon "green" ? Vite, arrachons et aspersons de désherbant chimique pour annihiler toute repousse ultérieure !!!

Bref, vous saisissez le concept.

Mettons de côté l'aspect tare psychologique qui affecte ces gens, et observons les deux principaux problèmes environnementaux. Premièrement, l'herbe coupée, les feuilles mortes ou les herbes arrachées sont des ressources, pas des déchets. Ces végétaux se sont fabriqués avec des minéraux et des composés organiques présents dans le sol (plus la photosynthèse), si on les extrait du milieu alors on retire définitivement des ressources. On appauvrit donc le sol, et ainsi de suite jusqu'à n'avoir plus qu'un substrat stérile. C'est en général le moment où ces mêmes jardiniers épandent des engrais de synthèse, dont on connaît les méfaits.

Deuxièmement, comme il est hors de question que les odieux tas d'herbes, de feuilles ou de branches restent dans un coin du jardin et l'enlaidissent, direction la déchetterie. La petite remorque est attelée à la voiture, et on file se débarrasser de ces horreurs. Quiconque fréquente régulièrement les déchetteries remarquera que c'est le stockage de ces "déchets verts" qui prend le plus de place. Non pas que ce soit celui qui est apporté dans la plus grande quantité, mais il est souvent traité sur place... par brûlage. Hélas oui, ils les crament. Brûler du bois libère de la chaleur, du dioxyde de carbone et du carbone, pour bien accentuer l'effet de serre, merci. Parfois ils sont méthanisés pour faire du gaz, gaz qui sera donc lui aussi brûlé au final (dans ce cas je ne sais pas ce qu'il advient de la matière restante dans le méthaniseur).

Ensuite, les "déchets organiques". Problème encore plus large, car il concerne tous les gens qui mangent de la nourriture. Et il suffit de voir les réactions outrées suite à l'interdiction en début 2024 des déchets organiques dans les poubelles non recyclables pour comprendre à quel point on est dans la merde ! 99,9% des gens ne veulent faire aucun effort. Ce n'est même pas qu'ils ne peuvent pas, c'est juste qu'ils ne veulent pas. Sur ce point, l'argument qui revient souvent est du genre "c'est pas à moi de faire un effort pour réduire mes déchets, c'est pas moi qui les fabrique mais les industriels ! J'ai pas demandé à avoir du plastique autour de ma bouffe !". Argument recevable et sur lequel on peut discuter certes, mais justement dans le cas des déchets organiques c'est le seul "déchet" qui ne résulte pas d'un processus industriel. Précisons qu'on parle d'épluchures de fruits et légumes d'une part, et d'os, peaux et abats d'animaux d'autre part. Alors qu'on dispose ici d'un moyen efficace de prendre le contrôle d'une partie de nos déchets, en utilisant un composteur pour les végétaux et en donnant les restes carnés aux chiens et chats (ne parlons pas de ces saloperies de bestioles "pure race" qui ne peuvent même plus bouffer un os sans crever), globalement personne ne veut faire le moindre effort. C'est même le contraire, j'entends de plus en plus de gens qui mettent un point d'honneur à tout balancer dans la même poubelle parce que "c'est de l'hypocrisie, ça sert à rien". C'est peut-être malheureusement en partie vrai pour les déchets ménagers recyclables, mais alors pour les déchets verts et organiques c'est de la connerie totale. N'importe quel chimiste vous expliquera les réactions délétères entre matière organique et métaux (par exemple boîte de conserve) qui créent des monstres qui ne sont ni recyclables, ni dégradables. Alors qu'en les séparant au moment de les jeter on aurait obtenu deux ensembles de ressources utiles.

Dernier point sur le compost des matières végétales : si vous avez un coin de jardin accessible, faites le test : jetez au fur et à mesure vos épluchures, pépins, etc (mais pas les matières carnées) directement sur le sol au pied d'un arbuste. Il y aura quelques moucherons, un peu de vie visible si tout va bien, mais quasiment aucune odeur. Et tout disparaîtra naturellement, le tas ne grossira pas à l'infini.

Globablement personne ne veut faire le moindre effort concernant les déchets. La mauvaise volonté est totale, les gens refusent de trier leurs merdes inutiles que les indutriels ont refusé de ne pas fabriquer. Et ça ne serait qu'une toute partie du problème, d'accord, c'est dire à quel point il n'y a aucune chance qu'on progresse sur le reste.

Nous sommes également des déchets !

En effet, nous terminerons nous-mêmes en déchets : le traitement des cadavres est devenu un problème de pollution, du fait de la surpopulation mais surtout à cause des métaux lourds, particules de plastique, molécules pharmaceutiques de synthèse, bref polluants divers et variés que notre corps contient désormais. Cette polution corporelle n'est pas naturelle et résulte de nos modes de vie délétères...
Ces déchets humains seront donc principalement enterrés ou incinérés. En France on équipe les incinérateurs de filtres, les fumées de combustion y sont injectées sous pression pour tenter de retenir les métaux lourds. Pour l'avoir vu de mes yeux, on obtient un petit tas noirâtre qui représente une proportion non négligeable du volume du corps.
Dans différents pays les gouvernements refusent de légaliser les alternatives demandées par de nombreux citoyens comme le compostage des corps. Car oui c'est le comble final des interdictions que nous subissons : on ne peut même pas choisir ce qu'on deviendra une fois mort. Personnellement, j'aimerais être jeté par terre dans la nature et décomposé naturellement, mais c'est interdit... La seule solution serait de prévoir sa mort et de trouver un endroit très bien caché, pour tenter de finir en déchet à peu près recyclé (je reconnais que cette option ne règle pas le problème des polluants contenus dans le corps).

Le cas du Guatemala

Dans ce qu'on a appelé "tiers-monde", puis "pays en voie de développement", puis "pays émergents" et que j'appelle "pays à l'arrache", le problème des déchets est évidemment très visible. Dans ces pays, les moyens de production et de distribution des emballages plastiques se sont diffusés très rapidement, tandis qu'aucune solution de traitement des déchets ne se mettait en place. Le sac et la bouteille en plastique, stars des monticules de poubelles, sont perçus par la population comme un signe de modernité (à l'instar de la climatisation systématiquement poussée à fond et ce quelle que soit la température de la pièce ou du véhicule). Les locaux ne comprennent pas quand les touristes demandent "pas de sac !" à l'employé du magasin qui tente de fourrer le lot de bananes dans deux sacs plastiques (pour plus de solidité). Il est courant de voir ces habitants jeter leurs déchets directement par la fenêtre de la voiture, et vivre dans des environnements jonchés d'ordures, comme si leur cerveau s'était reprogrammé pour en faire totalement abstraction.

Au Guatemala, lorsqu'il pleut fort, des "crues de plastique" se déclenchent dans les rivières ("plastic floods" ou "trash tsunamis" en anglais). L'ONG The Ocean Cleanup y a identifié la rivière Las Vacas au nord de la capitale comme étant l'une des plus importantes sources de déversement de déchets dans l'océan au monde. https://theoceancleanup.com/updates/introducing-the-interceptor-barricade-the-ocean-cleanup-returns-to-guatemala/

Un peu partout au Guatemala, on peut observer des camions poubelle charrier tous les déchets non triés, avec des éboueurs épuisés faisant la sieste sur les ordures pendant que le camion roule (bruyamment car pot d'échappement quasiment disparu, turbo grippé et étouffoir défectueux). Suivons le camion, il nous mènera à une décharge/brûloir à ciel ouvert en haut d'une colline, comme on utilisait en France jusqu'à début 2000 avant le déploiement des déchetteries.

Pendant ce temps, dans les rues d'Antigua, les processions religieuses battent leur plein. Des idiots masochistes ont payé entre 10 et 70 Quetzales (entre 1,15 et 8 €) pour porter le long d'un pâté de maisons l'espèce de char orné de statues kitsch de Jésus Christ et sa croix. Ce faisant, ils piétinent les tapis richement ornés composés par les habitants sur le sol. Il suffit d'attendre la fin de la procession pour observer un autre ballet, tout aussi captivant : celui des nettoyeurs. Des hommes armés de pelles et balais concentrent efficacement en un gros tas les restes du tapis : sciure de bois teintée de couleurs vives, fleurs, herbes, décorations diverses et variées (j'ai vu des boîtes d'œufs devant un magasin qui en vendait, utilisées pour encadrer les formes multicolores). Suit un tratopelle qui charge toute cette merde dans son godet, l'élève en émettant de magnifiques gaz d'échappement noirs et verse le tout dans un camion. Ça finira évidemment dans la décharge à ciel ouvert.

processionUne procession type. Au fond, le char arrive. En violet : des anciens Mayas qui se sont fait remplacer leur religion à la con par une nouvelle religion à la con au forceps par des conquistadors taquins et qui en semblent pleinement satisfaits. Les formes multicolores au sol sont à H - 5 minutes de devenir des déchets.

Comme à son habitude, l'humain dans son obsession du "beau" (wouah les tapis des processions, c'est magnifique toutes ces couleurs !!) génère en réalité de la laideur (des déchets, mélangés, jetés ou brûlés). Toute discussion avec un touriste venu admirer l'évènement se finira invariablement par une sorte d'embarras quand on évoque ce point, une petite grimace pour refouler l'idée. Parfois on me traitera de pessimiste qui voit le mal partout et la conversation s'arrêtera là. Oh, et vous ai-je parlé des groupes électrogènes qui jalonnent la procession, pour allumer 2 ou 3 leds sur les chars...? Et ceux des petits stands mobiles de pop-corn, qui cassent les oreilles et enfument tout le monde pour que quelques glands puissent bouffer leur maïs éclaté en matant des abrutis religieux (pléonasme) jouer à se faire mal déguisés en clowns...? Un régal pour l'observateur cynique que je suis.

DéchargeUne décharge à quelques kilomètres du site naturel Seymuc Champey

Les déchets dans Octa

Dans mon roman "Octa", la problématique des déchets est régulièrement évoquée, même si ce n'est pas le fond de l'histoire. Ce n'est qu'un des travers des humains, noyé dans un concept plus large de pollution qu'il va falloir résoudre (je laisse à ceux qui ne l'ont pas encore lu l'occasion de découvrir comment).

Comme les poubelles sont une de mes obsessions, on en entend quand même régulièrement parler par petites piqûres de rappel plus ou moins discrètes. Car j'ai beau retourner le problème dans tous les sens, ça me fait péter un plomb. Qu'on soit aussi cons, et qu'on acélère même le processus (merci aux dirigeants et milliardaires fous à lier très en forme en ce début 2025).

La rencontre avec la civilisation extra-terrestre des Octassiens est l'occasion d'introduire un point de vue extérieur étonné : il est pour ces créatures inconcevable d'utiliser une technologie si l'on n'est pas en mesure d'en contrôler tous les effets et sous-produits. Ces créatures à l'intelligence supérieure mais un peu naïves iront de surprise en surprise en réalisant l'aberration du comportement des humains qui ne sont que des gamins jouant avec des choses qu'ils ne maîtrisent absolument pas.

Voilà, comme d'habitude pas de conclusion optimiste qui n'aurait aucun sens logique, seulement l'affirmation que de mon côté je continue de faire ce que je peux, juste par principe, même si je sais que ça ne sert à rien. Minimisation des déchets que je consomme, tri au maximum, évidemment composteur chez moi (à lombrics), foutre la paix aux végétaux autour de ma maison (je préfère qu'elle crame dans un éventuel incendie plutôt que tout couper par précaution), toilettes sèches, filtration des eaux grises pour arroser le potager, etc.

flomoto 18 avril 2025 19:06  - 

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